Le rapport annuel sur l’état de la pauvreté en Israël pour l’année 2009 vient d’être rendu public par les services du Bituah Leumi[1]. Plusieurs constats alarmants ressortent d’un ensemble de plus de soixante pages :
- Le nombre de familles israéliennes vivant sous le seuil de pauvreté a augmenté de 0,6% en 2009, représentant 20,5% des familles, rejoignant le pic de l’année 2005 où il atteignait 20,6%. 1 774 800 personnes sont ainsi concernées sur plus de 7 400 000 habitants en Israël, selon le recensement de 2008.
- Donnée inquiétante : 6300 familles vivaient en 2009 sous le seuil de pauvreté alors que les deux parents travaillaient…
- Encore une fois, le rapport constate que le nombre d’enfants touchés ne cesse de croître pour représenter 36,3% (850 300). 15 000 familles s’ajoutent au nombre de celles déjà frappées par la pauvreté.
- Comme à l’accoutumée, les proportions ne touchent pas équitablement les différents groupes de la société israélienne : les ‘haredim sont 56,9% à vivre sous le seuil de pauvreté, les Arabes israéliens, 53,5% et les familles monoparentales 32,3%.
- Quelques rares motifs d’optimisme : 59% des pauvres le sont depuis une longue durée alors qu’ils étaient 61% en 2008. De plus, parmi les personnes âgées, on observe une baisse de 2,6%.
- Selon le coefficient Gini, mesure (entre 0,2 et 0,6) du degré d’inégalité de la distribution des revenus dans une société donnée, développée par le statisticien italien Corrado Gini, en 2009, la moyenne des pays de l’OCDE que vient de rejoindre Israël, était de 0,315. Israël (dont le classement se dégrade depuis 2005) se trouve derrière 26 pays (sur 34 que compte l’organisation) avec un coefficient de 0,379. Elle devance Etats-Unis, Portugal, Turquie et Mexique. Notons d’ailleurs le classement des Etats-Unis qui soulève une question de fond : doivent-ils donc faire figure de « modèle » économique et social pour Israël, comme cela est tristement le cas, parfois aveuglément depuis une vingtaine d’années ?
A côté de ce rapport, plusieurs indicateurs clignotent encore plus vers le rouge :
- Dans le quotidien Haaretz du 4 novembre, un rapport du ministère du logement soulignait que le prix à la vente des appartements entre janvier et septembre 2010 avait augmenté de 12%, le prix des loyers de 15%. La proportion de locataires en Israël, dont le statut est plus que précaire, s’élevait à 34%.
- Le prix des produits de premières nécessités ne cesse d’augmenter, comme en septembre 2009 où l’on enregistrait une hausse de 3,6%, sans oublier la hausse du prix des légumes, particulièrement des tomates, suite aux mauvaises conditions climatiques.
Est-il possible de tout expliquer en accusant la crise économique et financière mondiale de ces dernières années d’être à l’origine de tous ces maux ?
Pour atténuer ce sombre tableau, une « bonne » nouvelle est venue du gouvernement la semaine dernière : la réforme des impôts souhaitée par le gouvernement actuel propose pour janvier 2011 d’apporter un « plus » pour les contribuables dont le salaire s’élève à plus de 50 000 shekels par mois : 6648 shekels pour l’heureuse année, sans compter une aide supplémentaire s’ils sont propriétaire d’un véhicule… Ceux qui touchent moins de 4000 shekels n’auront aucun bonus. Sachons que le salaire minimum est fixé depuis le 1er juillet 2008 à 3850,18 shekels (ou 20,70 shekels de l’heure) pour une semaine de travail jusqu’à 43 heures, ce qui correspond pourtant à la réalité de nombreux travailleurs en Israël.
Mais, rassurons-nous en lisant l’analyse d’Oren Bar-Tal, journaliste du quotidien Makor Richon, daté du 15 octobre 2010: il remet en cause les rapports annuels du Bituah Leumi accusé d’utiliser des outils statistiques qui tronqueraient légèrement la réalité. Il préfère se référer aux constats de l’« Institut hiérosolomytain pour les études de marché » (מכון ירושלים לחקר שווקים), fondé en 2003 par Robert Sauer et Corinne Parenti-Sauer comme un think tank indépendant et non lucratif pour promouvoir le « progrès » social en Israël grâce à la liberté économique et individuelle, jugeant que le contrôle par l’Etat de 51% de l’économie, le poids des impôts représentant en moyenne 58% du revenu des contribuables, les dépenses sociales de l’Etat s’élevant à 25% du budget du pays sont autant de facteurs négatifs pour le « progrès » social.
Concernant la pauvreté en Israël, Oren Bar-Tal poursuit son analyse : les pauvres en Israël, selon ses dires, ne sont pas les pauvres des pays les moins développés de la planète, ni les pauvres des siècles passés. D’ailleurs, grâce au développement des richesses, certes pas forcément équitablement partagées, il constate que les riches changent de voitures tous les 2-3 ans, permettant ainsi au marché des occasions de s’améliorer… et aux pauvres d’en profiter.
Alors, soyons contents. Finalement, tout va très bien, madame la marquise…